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LA KORA EN PAYS MOBA: UN INSTRUMENT, UN ART, UNE TRADITION

Dans la société traditionnelle africaine , l’occupation de certains postes ou l’exercice de certaines professions est reservée exclusivement aux descendants d’une lignée ou d’un clan donné .C’est le cas par exemple des griots ou des chasseurs .

La chasse au temps de nos aïeux était une activité dangéreuse du fait des animaux féroces qui peuplaient la forêt. Cette profession étaient réservées aux clan Nakolb, Luab, Bolb, Naleguib, Nakpelb, Nabagb , Banfiéla etc. Dans la brousse, il fallait du coeur pour résister à certains animaux sauvages , à la fatigue et la soif. Et pour ce faire , il fallait bien la présence d’un griot à travers le son de sa Kora et sa voix . C’est de là que cet instrument tire ses origines.

Un instrument pas comme les autres

La kora du MOBA n’est pas qu’un simple instrument de musique comme le voit l’oeil du profane. Composée d’une tige en bois, d’une calebasse recouverte d’une peau de bête et d’une corde en fil de fer, sa confection mélange art et tradition selon DJANKAME Nantiébe: ” La kora ne se fabrique pas avec n’importe quel calebasse. Il faut trouver celle appartenant à une femme qui n’a pas de coépouse, trés belliqueuse et capable de gronder des jours durant pour la moindre discorde. Il faut la guetter et voler sa calebasse en son absence où profiter du jour de sa mort pour l’obtenir  avec la complicité des fossoyeurs de tombes. La tige est  la branche d’un arbre appélé “Gwong” en MOBA et la peau doit être celle d’un animal sauvage abattu au cours de la chasse. Des piquants en forme de punaises servent à fixer la peau mouillée sur la calebasse”. À la question de savoir pourquoi nécessairement la calebasse d’une femme bavarde , le vieux Nantièbe explique que cette calebasse est source inspiration facile pour le griot pour chanter. ” Il y’a une femme bagareuse dans ce village, à chaque fois qu’elle manque une de ses calebasse, elle vient m’agresser ici” a – t- il ajouté sans s’empêcher de rire aux éclats. Il faut rappeler que sa confection est réservée aux initiés contre une poule et une modique somme d’argent. Par contre, un futur griot choisi par les divinités peut aussi la confectionner s’il ne manque pas d’habileté.

La kora, une arme pour les chasseurs et une source de motivation

Le joueur de kora a toujours une hache sur son épaule et une calebasse décorée de cauris au verso( djab-bong) dans son sac. Ce ne sont pas de simples objets mais des armes de protection pour les chasseurs pendant la nuit ,autour du feu de Camp.” À la tombée de la nuit, lorsque les chasseurs installent leur quartier général, le griot fixe la hâche noire en l’orientant vers la direction à suivre le lendemain, il prend la calebasse sacrée qu’il renverse à côté de la hache puis commence par chanter la gloire des anciens chasseurs en jouant sa kora. Ceci éloigne animaux sauvages et esprits maléfiques du camp.” confie le vieux griot. Les éloges à l’endroit des grands chasseurs ont la capacité de rendre la forêt giboyeuse. Les mânes des ancêtres orientent le gibier vers la direction empruntée par les chasseurs selon le vieux griot.

Le griot durant la chasse incite et motive les chasseurs à l’aide de sa kora et les chants d’encouragement qui les accompagnent. ” Quand surgit un gibier, le griot choisit un des chasseurs et le suit   en lui chantant des éloges, histoire de l’inciter à plus d’adresse pour ne pas rater sa cible. Une fois l’animal abattu ,des gouttes de sang sont versées sur la calebasse et des poils y sont collés en guise de remerciement. La calebasse sacrée ( djab-bong) est utilisé pour se protéger contre les animaux féroces qui surgissent pendant la chasse. Quand apparaît un animal dangereux, le griot ordonne à chaque chasseur de retourner sa calebasse contre sa poitrine. Ce geste amène les fauves à s’échapper sans faire de victimes”, précise t-il.

Loin d’être un simple instrument de musique ordinaire, la kora du moba est un objet sacré à conserver. Malheureusement, l’Afrique est en train de perdre tous ses objets avec la complicité active de ses propres fils qui n’hésitent pas à les brader aux leucodermes en échanges de quelques espèces sonnantes et trébuchantes . Voilà comment nos objets sacrés que l’occident impérialiste qualifie de sataniques, se retrouvent à orner leurs musées. Il urge de mettre fin à ce pillage de notre patrimoine culturel pour le bien de la postérité.

Robert DOUTI

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