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DAPAONG: LE MARAÎCHAGE À L’EPREUVE DE LA PÉNURIE D’ANGRAIS

DAPAONG: LE MARAÎCHAGE  À L’EPREUVE DE LA PÉNURIE D’ANGRAIS

La région des savanes, région essentiellement agricole est malheureusement confrontée à la pauvreté de ses sols. Une situation qui la rend dépendante des engrais chimiques notamment, que ce soit dans les champs ordinaires ou dans les jardins maraîchers. L’engrais, cet précieux sésame ne s’obtient malheureusement pas sans difficulté cette année à cause de la pénurie qui a encore refait surface.

Pour la campagne agricole 2021/2022, le gouvernement Togolais en dépit de la crise sanitaire liée à la pandémie du corona virus avait réussi a commander 80000 tonnes d’engrais NPK 15 15 et 40000 tonnes d’urée 46%, une quantité qui, selon les prévisions des services techniques du ministère de l’agriculture, devrait couvrir largement les bésoins des producteurs, mais curieusement, depuis le mois de juillet on assiste à la rareté des engrais surtout dans la région des savanes, une situation qui suscite indignation, colère et interrogations dans les rangs des producteurs et de l’opinion.

LA CAGIA ET SES MAGASINIERS POINTÉS DU DOIGT

Pour ceux qui connaissent la région des savanes, il est tout à fait impossible aujourd’hui de parler d’agriculture sans parler d’utilisation d’engrais. L’ agriculture extensive rend inefficace l’usage des engrais verts qui ne peuvent pas couvrir de grandes surfaces .Si les paysans se sont débrouillés pour s’en sortir pour ce qui est des cultures vivrières, la saison maraichère qui a démarré en octobre dernier rencontre le problème du manque d’engrais et cette fois, avec plus d’accuité. De Dakpante à Bougou en passant par Nagbandja, Timbou et Kpadjenta, les plaintes s’enchaînent et se ressemblent, et très souvent , le désespoir fait  place à la consternation . Les producteurs ne cachent pas leur désarroi:” On ne comprend plus rien, on nous demande de faire des listes et de les faire viser par le conseiller agricole, le chef du village et le responsable de site des producteurs, puis les déposer auprès des magasiniers avant d’être servi. Nos listes sont déjà là bas depuis des semaines et chaque jours, nous faisons des vas et vients . Moi j’y suis déjà allé six fois juste pour un sac d’engrais” s’indigne une dame dans son jardin à Dankpante. Certains producteurs désespérés se tournent vers le Ghana. ” On dirait que ce qui nous gouvernent ne veulent pas notre bonheur. Regardez comment nous souffrons pour faire les puits et les curer régulièrement afin d’avoir l’eau pour l’arrosage . Si à cela viennent s’ajouter toutes les tracasseries pour pouvoir acheter un sac d’angrais, c’est clair que les gens veulent nous maintenir dans la misère. Après deux semaines à tourner dans les dépôts de vente d’engrais sans rien obtenir, j’ai fini par aller dans le Ghana où le sac m’a été vendu à 22000f”, nous a lancé le jeune KANKPE Gbanouhante au fond de son puits. Son épouse ajoute que n’eût été son engagement aux côtés de son mari, le jardin se serait asséché le temps que le mari parcourait les dépôts à la recherche de l’engrais .

Contacté , le président régional de l’Union des Producteurs Maraîchers des Savanes ,M.DABLE Maldja confirme que l’accès aux engrais en cette période relève de parcours de combattant. “Sincèrement ,c’est un problème majeure. Actuellement j’ai deux listes à mon niveau qui ne sont pas servis. C’est difficile de trouver même un sac. La seule alternative c’est le Ghana mais là bas aussi, ça ne devient très cher vue que la demande est en hausse. Le sac de 25kg varie entre 11000 et 12000f. J’ai échangé avec les conseillers agricoles de l’ICAT afin de trouver une solution à cette situation mais ils estiment que c’est trop tard pour cette année. Pour la saison maraîchère prochaine, nous comptons enregistrer tous les producteurs ,estimer les besoins afin de solliciter la CAGIA pour qu’elle ouvre un dépôt dans chaque canton” explique t-il.

ENTRE LE MARTEAU ET L’ENCLUME

A la Centrale d’Achat et de Gestion des Intrants Agricoles ( CAGIA) bureau des Savanes, les responsables tout en reconnaissant l’existence de la pénurie, s’étonnent de la surconsommation des engrais depuis cette années. Selon les informations que nous y avons recueillies, la région des savanes a bénéficié pour cette campagne agricoles de 25000 tonnes d’engrais alors que la consommation moyenne est d’environ 10.000 tonnes par campagne. Rien que d’octobre à janvier, environ 6800 sacs soit 700 tonnes d’engrais ont été servi aux producteurs mais les plaintes persistent toujours et de plus belle. ” Pour s’assurer que les engrais sont servis aux vrais nécessiteux, nous avons instauré le système des listes. Les producteurs s’enregistrent sur une liste signée par le responsable de site , le conseiller agricole et le chef du canton. La liste est transmise au Directeur Préfectoral de l’Agriculture qui l’envoie enfin au gestionnaire de dépôt pour servir les producteurs. Malheureusement même cette stratégie s’avère inéfficace. Nous ne savons plus concrètement quelle méthode adopter. En attendant, les réflexions continuent et nous vous saurons gré de nous apporter des propositions ” a ajouté l’un des responsables avant de conclure qu’ils sont finalement entre le marteau et l’enclume car recevant la pression du sommet par leur hiérarchie et de la base par les producteurs qui ne cessent de proférer à leur endroit menaces, injures et même parfois malédictions.

LE RÉSEAU DES SPECULATEURS, UNE BANDE BIEN ORGANISÉlE

À voir la quantité d’engrais fournie à la région des savanes et la persistance de la pénurie, on a tendance à croire que même les morts cultivent la terre sinon rien ne peut justifier une telle situation si ce n’est le problème de spéculation. Un tour dans les localités voisines du Burkina Faso nous a apporté plus de lumière. A Kagou et à Djambéndi , respectivement au Nord et au Nord-Est du Togo, nous avons retrouvés des sacs d’engrais du Togo en vente dans des boutiques . Le sac se négocie entre 20000f et 22000f et le bol de 3,5 kg à 2000f. Les commerçants ont tenu à ne pas nous fournir des détails sur comment ils se les procurent , se contentant de nous dire tout simplement que c’est du business.

En effet, nos recoupements nous ont permis de mieux cerner le phénomène. Plusieurs personnes y sont impliquées : chefs de villages et de cantons, conseillers agricoles, populations locales et même des gestionnaires de dépôts d’engrais. Chacun y trouve pour son compte. Il nous a été révélé que des enfants de certains chefs de cantons profiteraient de l’ignorance et de l’inattention de leur géniteur pour utiliser leur cachet nominal et cacheter des fiches vierges qu’ils remettent à des spéculateurs. Ces derniers collectent les cartes d’électeurs des villageois et très souvent des femmes en majorité, établissent des listes et obtiennent la signature du conseiller agricole grâce à une envellope. Une fois la liste prête, ils transportent les pseudo producteurs dans des tricycles jusqu’au magasin pour se faire servir. Chaque personne servi apporte son sac au spéculateur contre 2000f.C’est ainsi que ces derniers constituent leurs stocks. Cette activité permet à chaque membre du réseau de gagner entre 4000f et 100.000 f par semaine selon les niveaux.

Voilà comment un réseau bien organisé se remplit les poches au détriment des vrais producteurs , ceux là pour qui le gouvernement subventionne à coup de milliards les engrais chaque année.

À l’arrivée, deux réalités se dégagent: le gouvernement remplit sa part du contrat en mettant à disposition des paysans, une quantité suffisante d’engrais à un prix subventionné, les vrais bénéficiaires n’arrivent pas à être servis . Voilà la triste réalité. La déchéance morale et la corruption ont atteint le paroxysme  à tous les niveaux dans notre pays et nous risquons le pire dans un proche avenir si l’on y prend garde.

Comment y rémédier, bien malin est celui qui pourrait répondre !

Robert DOUTI

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