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DOSSIER: ACCÈS DE LA FEMME À LA TERRE,LEURRE OU LUEURE?

DOSSIER: ACCÈS DE LA FEMME À LA TERRE,LEURRE OU LUEURE?

La population togolaise estimée à plus de 6 millions d’habitants est en majorité agricole et à plus de 52% féminine. En zone rurale , la terre revêt d’une importance capitale du fait que l’activité principale reste l’agriculture. Tout comme l’homme , la femme a besoin de cette terre pour ses activités, ne serait- ce que pour pratiquer une agriculture de subsistance. Dans nos villages et contrées, l’accès de la femme aux terres familiales est au centre de plusieurs conflits en dépit de la nouvelle législation nationale qui lui confère le droit à la terre.
Femme et foncier , qu’en est -il exactement dans notre pays?

LES HABITUDES ONT LA PEAU DURE

Campagnes de sensibilisation, ateliers de formation, réunions d’échanges, séminaires et colloques, les initiatives foisonnent et se succèdent, Mouvements, Organisations & Associations se relaient sur le terrain de la lutte pour le droit de la femme à la terre ici ou ailleurs mais sur le terrain, la rétiscence se mêle à la résistance et laisse planer le doute sur une éventuelle victoire possible. ” _Dans la société traditionnelle togolaise , le régime foncier est patrilinéaire: la terre appartient au chef de famille qui la laisse à ses enfants après sa mort. C’est au niveau de la répartition de cet héritage commun que surgissent très souvent des difficultés”_ explique *Marcelin DJOUANDJA* , doyen de la collectivité Woulkouab de Djakpernague.

En principe, le régime étant patrilinéaire,ces terres devraient revenir aux enfants sans distinction de sexe .Filles comme garçons devraient pouvoir faire valoir leur égalité en droit mais malheureusement, entre les textes et leur application, le fossé semble s’élargir. ” __Le droit de la femme à la terre jusqu’ici n’est qu’un leurre. Même si de nos jours les choses font semblant de changer en ville, ce n’est pas du tout évident dans les campagnes où il est inconcevable qu’une femme quitte chez son mari pour venir réclamer sa part de terrain chez ses parents.Ça sort de l’ordinaire et vraiment je ne vois pas quelle femme pourrait prendre un tel risque car elle s’exposerait à la colère des dieux.Moi je vis près de mon père mais j’ai usé de tact auprès de mes frères pour obtenir une portion de terre pour construire ma maison et vivre avec mes enfants”,_ nous a laissé entendre dame *GOUNTENINE* , revendeuse de céréales et mère célibataire.

UN COMBAT DANS UN COMBAT

Bien que le législateur ait fait montre de sa ferme volonté à mieux faire les choses,l’application des textes sur le terrain se heurte à un contexte socioculturel rugeux.

L’analphabétisme et le poids des traditions viennent saler l’addition!

Pour bénéficier de ses droits,il faut d’abord les connaître , malheureusement, la majeure partie de la population feminine en zone rurale est, soit analphabète, soit incapable d’accéder aux informations parce que, consacrant le plus gros de son temps à la bataille pour la survie, c’est une triste realité. Même en zone urbaine, bon nombre de femmes méconnaissent l’existence et le contenu du nouveau code foncier et domanial pourtant vieux de trois ans déjà. Cette nouvelle disposition comme la plupart des textes votés par la Représentation Nationale reste méconnue de la population en raison de la très faible médiatisation qui en faite.
Hormis l’ignorance de l’existence des textes,il faut également souligner les clichés sociaux qui constituent une entrave sérieuse au droit de la femme à la terre. En effet, le droit moderne contenu dans le code togolais des personnes et de la famille semble avoir consacré l’infériorité de la femme devant l’homme en reconnaissant la validité des coutumes et de leur application d’office dans le partage de l’héritage au cas où le défunt n’avait pas opté pour le droit moderne avant sa mort. Or , il se trouve que selon la tradition chez certains peuples de notre notre pays, la femme ne peut pas hériter de la terre parce qu’incapable d’offrir des sacrifices aux dieux de la terre ou aux ancêtres, un privilège jusqu’ici reservé uniquement aux hommes. En plus la femme est considérée comme n’appartenant pas entièrement à sa famille d’origine parce qu’étant appelée à quitter celle-ci pour s’assimiler entièrement à la famille de son mari, une famille dans laquelle elle n’a non plus le droit d’hériter de quoi que ce soit! Il semble que ce soit un péché d’être du sexe féminin surtout en mileu rural mais malheureusement nul n’a le droit de choisir son sexe à la naissance.

QUE FAIRE DEVANT CETTE INJUSTICE COLLECTIVE?
Au regard des difficultés rencontrées par les femmes afin d’entrer dans leurs droits fonciers, le constat est clair qu’il reste encore du chemin à faire, mais en même temps, il est à noter qu’une lueurre demeure. La solution à cette situation pourrait être trouvée dans un changement de mentalité et une prise de conscience collective. Il faut percer les contrées et les hameaux du pays afin de sensibiliser et convaincre les plus sceptiques. Une mobilisation nationale et internationale serait de nature à aider à la resolution de cette injustice qui n’est malheureusement pas spécifique à la terre de nos aïeux.

 

Robert DOUTI

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